Je suis sœur Maricarmen Aguirre, actuellement je suis la responsable de la communauté de Cristeta à Saint Sebastien, Espagne. Il s’agit d’une communauté des sœurs âgées dont la réalité met devant nos yeux notre fragilité et nos diminutions. Les sœurs, que toute leur vie ont réalisé une multiplicité de tâches, sont aujourd’hui dans une situation où elles ne peuvent faire presque rien. Nous courons le risque de nous attrister à cause de cela, parce que nous confondons la Mission avec les activités.
Je vois la nécessité de les accompagner dans cette dernière étape de la vie, dans un travail spirituel qui nous conduise à approfondir notre charisme d’Auxiliatrices. Tourner notre regard d’action de grâces de tout le vécu, en découvrant la présence providentielle de Dieu tout au long de la vie, dans tous nos chemins et que, même maintenant, il fait surgir la vie de ce qui apparemment est insignifiant, en nous donnant beaucoup d’espoir.
Ce qui nous motive c’est le fait d’être ouvertes à ce qui se présente à nous à chaque instant, en cultivant l’accueil et l’esprit de famille, à voir non seulement les défauts, mais plutôt valoriser ce qui est bon en chacune de nous, en remerciant les petits gestes d’attention de la part des sœurs et aussi du personnel qui nous aide. Nous offrons nos limitations et nous approfondissons l’aspect contemplatif de la prière, les pauvres sont toujours présents dans nos prières, ainsi que ceux qui souffrent les conséquences de la guerre, les injustices, le changement climatique… Nous voulons aussi accompagner avec notre prière, d’une manière spéciale, nos jeunes sœurs dans les noviciats de Nairobi et Cergy.
Même si je n’ai pas beaucoup de temps, parce que je prends soin de nos sœurs, l’expérience que j’ai vécu ici pendant 11 ans comme volontaire à la prison de Botafuegos à Algeciras, m’a conduite à m’intégrer dans la pastorale pénitentiaire de Saint Sebastien. Parmi les activités que je fais c’est l’accompagnement des personnes qui n’ont pas de délits très graves, et certains juges autorisent qu’à la place d’aller en prison, ils réalisent des travaux pour le bien de la communauté (TBC). S’ils n’avaient pas cette opportunité, ils seraient en prison, et quand un prisonnier entre en prison, la rupture avec le monde extérieur produit un processus de dépersonnalisation et de désadaptation sociale, cela rend difficile son intégration quand il sera libéré.
L’activité qu’ils réalisent c’est le nettoyage de l’Eglise de Saint Ignace, c’est notre paroisse. L’accueil qu’ils reçoivent, le respect et la gratitude de la part des femmes et quelques hommes qui s’occupent de la maintenance, fait qu’ils reviennent contents de leur activité. Dans ma relation avec eux, même si je ne demande rien par rapport à leur délit commis ou leur vie, quand ils se sentent en confiance, ils ont le besoin d’être écoutés. Quand je vois leurs vies avec tant de difficultés et carences, je me pose la question du Pape François : « pourquoi eux et pas moi ? », « Qu’est-ce que j’aurais fait dans ces circonstances ? ». C’est un mystère qui me rend proche d’eux et rempli mon cœur de gratitude pour tout ce que j’ai reçu, cela me porte avec la force de l’Esprit de Jésus pour connecter avec ce qu’ils ont besoin : une écoute sincère, compréhensive et respectueuse, quelqu’un qui les aide à ouvrir les fenêtres de l’espérance et les aide à réveiller les sentiments et valeurs humains, pour que finalement ils puisent se trouver avec eux-mêmes, avec Dieu, avec la famille et la société.



